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ses cheveux, et puis j’entendis sa voix qui me dit « regarde », mais je ne vis rien. Elle me dit « écoute », mais je n’entendis rien. Elle me dit « hume », mais je ne sentis rien.
La caravane vint me voir avant de partir honorer quelques contrats pour lesquels on se passerait de moi. Ils me laissèrent là, au bord de mon rivage, après de grandes embrassades qui ne m’émurent pas. Ils promirent de revenir me chercher bientôt. Je m’endormis et, au bord de mes cils, tombaient des gouttes d’eau. Je crus qu’il pleuvait, mais le soleil cognait comme en enfer. J’ouvris les yeux et reconnus, face à moi, l’Océan qui avait sorti ses plus fortes et plus hautes vagues, si hautes qu’elles engloutissaient le ciel. J’essuyai mes paupières et je m’assis face à lui pendant de longues heures. Sous les rouleaux de l’Océan, je passai l’écume de ma peine. Une vague plus forte me claqua et me figea au sol ; corps salé ne sait pas nager. Mon corps inondé, mes yeux lavés, je vis soudain le monde marin. Je voyais. Je jetai dans chaque vague des cris d’enfants d’un pays oublié et leurs voix s’élevaient dans un impossible brouhaha que je ne comprenais pas. L’Océan me parla dans une langue que je ne connaissais pas, mais qui me semblait familière. J’entendais. L’air marin porta jusqu’à moi le parfum léger des boucles d’Alexandra. Je sentais et je perçus son absence. Je pleurais. Des bras, des jambes surgirent de la douleur de l’Océan et vinrent caresser ma peau brulée. Je touchais. Bientôt, je gémis tel un homme à terre et ………………………