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Il n’y avait plus de porte, il n’y avait plus de fenêtre. Ma mémoire ravivée s’affola tandis que mon corps se paralysait. Le parfum des cheveux d’Alexandra m’émut, mais elle n’était pas là. Au loin, un chien aboya trois fois et le silence qui suivit me fit frissonner. Mais ce n’était rien à côté de ce que je ressentis lorsque j’aperçus la silhouette grinçante de cette femme, la marâtre qui me regardait depuis le premier étage de la maison. Je ne savais pas depuis quand elle me regardait, probablement depuis toujours. Elle ressemblait au passé. Il n’y avait rien à dire : elle se mit à rire à gorge déployée. Un instant, je crus à un fantôme, mais elle s’engouffra pleinement dans la lumière du jour depuis le balconnet et j’entendis son souffle rocailleux, pas de doute : elle était bien vivante. Dans un éclair, je me demandai où était le père, mais aucun son ne sortit, ma gorge était trop sèche et je n’aurais pu trouver la force, ne serait-ce que de tousser. C’est elle qui rompit le silence en m’interpellant, goguenarde : « Veja, eu não cumpri minha promessa ! »* Je compris instantanément ses mots, ma langue revint. Pour ma part, je n’aurais pas parlé de « promesse ». J’en étais sûr, ces mots lancés il y a quatre ans depuis le perron à mon endroit tenaient du sort ou de la malédiction, de la sentence, mais pas le début d’une promesse. J’en étais certain tandis que je laissais l’écho de mon cerveau me redire un à un chacun de ses mots d’alors : « Vá em frente! Benefícios! Aproveite até esquecer tudo e quando voltar em quatro anos, estarei morto! »**